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LE COSTUME XHOSA DE NELSON MANDELA


La sagesse populaire nous dit que l’habit ne fait pas le moine. Toujours est-il, que pendant quelques journées d’octobre 1962, devant le tribunal de Pretoria, le costume de Nelson Mandela a joué un rôle aussi important que ses discours. Un costume traditionnel xhosa en peau de léopard.


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L’histoire commence le samedi 15 octobre 1962. Nelson Mandela doit auditionner devant le tribunal de Johannesburg. Cela fait bientôt cinq ans que le plus célèbre prisonnier politique d’Afrique du Sud, inculpé d’abord de hoogverraad, haute trahison, affronte les chicaneries de la justice, et doit répondre maintenant de nouvelles inculpations : sortie illégale du pays, et appel à la grève générale. Le parti auquel il appartient, l’African National Congress a donné son ordre de campagne. Des manifestations éclatent dans tout le pays, le slogan est sur toutes les lèvres, s’inscrit en graffiti sur tous les murs : « Libérez Mandela ». Le gouvernement craint que les manifestants escortant le fourgon cellulaire de la prison au tribunal transforment la journée en parade victorieuse de l’ANC. Sans faire le moindre communiqué, les autorités décident à la dernière minute de déplacer l’audience à Pretoria. Avec la complicité d’un gardien, Mandela réussi à informer ses partisans.

la véritable culture de l’Afrique

Le lundi matin, 17 octobre 1962, lorsque le procès commence, l’ancienne synagogue de Pretoria qui sert de tribunal est remplie de partisans de l’ANC. L’apparition de Nelson Mandela fait sensation. Au lieu de son habituel complet veston cravate, l’ancien avocat vient de rentrer dans la salle d’audience revêtu d’un kaross, le costume traditionnel xhosa en peau de léopard. La réaction de l’assistance est immédiate. Les amis, les parents du prisonnier, dont beaucoup sont originaire du Transkei, se dressent comme un seul homme en criant «  Amandla ! » et « Ngawethu ! ». Parmi cette assistance conquise par le costume de Mandela se trouve son épouse, Winnie elle aussi arborant une longue jupe xhosa ainsi qu’une coiffure de perles traditionnelle.

« J’avais choisi de revêtir un costume traditionnel pour souligner le symbolisme de l’Africain noir dans un tribunal d’homme blanc. Je portais littéralement sur mon dos l’histoire, la culture et l’héritage de mon peuple. Ce jour-là, je me suis senti comme l’incarnation du nationalisme africain, l’héritier d’un passé difficile mais noble de l’Afrique et de son avenir incertain. Le kaross était aussi un signe de mépris envers les subtilités de la justice des blancs. Je savais parfaitement que les autorités se sentiraient menacées par mon kaross comme la plupart des Blancs se sentent menacés par la véritable culture de l’Afrique. »

Condamné

A peine la foule apaisée, dès l’ouverture de l’audience, Nelson Mandela demande un renvoi de quinze jours puisque son transfert à la dernière minute ne lui a pas permis d’avertir ses avocats. Le juge von Heerden lui accorde une semaine. De retour en cellule, un gardien tremblant transmet à Mandela l’ordre du colonel Jacobs commandant la prison de remettre aux autorités son costume traditionnel xhosa. Le prisonnier refuse. Jacobs se déplace en personne. Mandela, en bon avocat, lui répond qu’il n’a aucune compétence pour lui saisir son kaross, et que s’il persiste, il portera l’affaire devant la Cour suprême. Les autorités acceptèrent le compromis suivant : Mandela aura le droit de porter son costume au cours des audience, mais devra le retirer pendant les transferts. Nelson Mandela, vêtu de sa peau de léopard, sera reconnu coupable des deux chefs d’inculpation principaux : sortie illégale du pays et appel à la grève générale. Quelques jours plus tard, pour la première fois, l’Assemblée générale des Nations unies vote en faveur de sanctions contre le régime d’apartheid d’Afrique du Sud. Nelson Mandela, malgré ou à cause de sa longue plaidoirie où il évoque les anciennes coûtumes démocratiques de son peuple, est condamné à 5 nouvelles années de prison.

« Quand la cour s’est levée, je me suis tourné vers la foule et j’ai de nouveau levé le poing en criant «  Amandla  ! » trois fois. Puis, de lui-même, le public s’est mis à chanter notre hymne magnifique, Nkosi Sikelel’ iAfrika. Les gens chantaient et dansaient, les femmes poussaient des youyous tandis qu’on m’emmenait. Pendant un instant, le vacarme de la salle me fit oublier qu j’allais en prison purger la peine la plus dure jamais infligée en Afrique du Sud pour raison politique. »

Désormais condamné, Nelson Mandela ne bénéficie plus du minimum d’égard réservé à un inculpé dans l’attente de son procès. Le colonel Jacobs peut enfin lui confisquer son kaross, son costume traditionnel xhosa en peau de léopard, et lui fait remettre la tenue kaki des détenus. En 1964, un nouveau procès le fera condamner à la prison à vie. Il ne sera libéré qu’en 1988. La sagesse populaire nous dit que l’habit ne fait pas le moine. Toujours est-il, que pendant ces quelques journées d’octobre 1962, devant le tribunal de Pretoria, le costume de Nelson Mandela a joué un rôle aussi important que ses discours.

Louise Atangana

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Source : Un long chemin vers la liberté, Nelson Mandela, Fayard 1995


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