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POURQUOI ENCOURAGER LA MODE AFRICAINE ?


Les Africains sont connus pour leur goût de la sape, ils aiment être bien habillés. Malheureusement, ils n’achètent pas africain. Comme la plupart des consommateurs du monde entier, ils ignorent les vêtements de créateurs inconnus.


S’habiller dans de beaux costumes parisiens ou new-yorkais, c’est montrer qu’on n’est pas un petit broussard emballé dans un vulgaire boubou alignant un arc en ciel de couleurs agressives. Oubliant au passage que dans les années 1970 de nombreux musiciens Africains-américains montaient sur scène en portant des tuniques venues de l’autre côté de l’océan.

Dans son film Malcom X, Spike Lee fait dire fièrement à son personnage qui vient de s’imposer une pénible séance de défrisage : « Ça fait blanc hein ? ». Eh oui, l’habit élégant ça fait blanc, et le boubou criard ça fait nègre. Sauf que dans la réalité, les tissus criards ne sont pas des créations africaines. Ces déguisements ont été crées à l’époque coloniale par les Européens qui ont parodié et rabaissé les textiles africains. Même si le coton vient du Mali, la plupart des batiks que nous connaissons aujourd’hui proviennent des filatures de Hollande ou de Manchester. Leurs assortiments de couleurs mal assorties ne correspondent pas à la tradition africaine. Les vêtements ancestraux reposaient sur d’harmonieuses compositions bicolores, choisies généralement parmi le noir, l’ocre, l’indigo ou le blanc.

Il est possible de sortir sans problème du dilemme boubou-smoking en faisant preuve d’un minimum de curiosité pour les créations africaines. D’autant plus que l’enjeu n’est pas uniquement d’ordre esthétique.

Développement durable

La mode peut devenir un acteur essentiel de développement durable, créatrice d’emplois dans le textile, la confection, la bijouterie et la maroquinerie. A condition que les échanges induit par la mondialisation ne fonctionnent pas qu’à sens unique comme c’est le cas aujourd’hui. Après avoir acquis à bas prix les matières premières, les plus forts imposent leurs marchandises aux plus faibles. Encore faut-il que le mauvais exemple ne vienne pas systématiquement d’en haut. Comme le dit le couturier Nigérian Alphadi : « Personne n’oblige nos ministres à porter du Saint Laurent ou du Pierre Cardin. » Alphadi accorde ses actes à ses paroles en animant le Festival International de la Mode Africaine ainsi que la Fédération Africaine des Créateurs de mode. Quelques chefs d’états ont montré le bon exemple, tels que Nelson Mandela ou les défunts Ahmadou Ahidjo et Thomas Sankara.

Vivre digne et libre

Le 29 juillet 1987 quelques mois avant sa mort, Thomas Sankara prononçait à Addis Abeba un discours sans concession sur la dette des pays africains. Il rappelait que « Nous avons suffisamment de bras et nous avons un marché immense, très vaste du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest (...). Faisons en sorte que le marché africain soit le marché des Africains : produire en Afrique, transformer en Afrique et consommer en Afrique. Produisons ce dont nous avons besoin et consommons ce que nous produisons au lieu de l’importer. Le Burkina Faso est venu vous exposer ici la cotonnade produite au Burkina Faso, tissée au Burkina Faso, cousue au Burkina Faso pour habiller les Burkinabé. Ma délégation et moi-même, nous sommes habillés par nos tisserands, nos paysans. Il n’y a pas un seul fil qui vienne de l’Europe ou de l’Amérique. Je ne fais pas un défilé de mode mais je voudrai simplement dire que nous devons accepter de vivre africain. C’est la seule façon de vivre libre et de vivre digne. »

Vingt ans après sa mort, les propos de Thomas Sankara sont plus que jamais d’actualité. Ce que nous souhaitons aujourd’hui c’est bien entendu que les africains aient une meilleure opinion de leur propres créations. Mais nous souhaitons également que ces créations circulent en dehors de l’Afrique. C’est à cela que nous allons travailler.

Louise Atangana


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