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WESLEY SNIPES, ENTRE ACTION ET REFLEXION


Qu’il interpète un flic, un gangsta, un musicien, un mari honteux, un séducteur, un vampire ou une drag-queen, Wesley Snipes parvient toujours, et quelle que soit la qualité du film, à emporter l’adhésion du spectateur. Il est vrai que quand on fait partie de la famille artistique de Spike Lee, on peut se permettre de changer de registre sans craindre de se voir coller une étiquette réductrice. Il appartient à cette race d’acteurs très rare, celle de ces stars masculines exigeantes et douées, capables de passer avec une aisance égale d’une œuvre d’auteur exigeant à un divertissement calibré pour le grand public. En Europe il y eut Jean Gabin, Gérard Philippe, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, et Gian-Maria Volonte. Aux États-Unis, il y a actuellement Johnny Depp, Nicholas Cage, Denzel Washington et Wesley Snipes.


Wesley Trent Snipes est né le 31 juillet 1962 à Orlando, en Floride. Alors qu’il est encore enfant, sa famille s’installe à New-York, dans le South Bronx. Passionné par le théâtre, il s’inscrit à la High School for the Performing Arts, popularisée par le film et la série TV Fame. Tout en poursuivant des études à la State University de New York (il sera diplômé en 1985), il parvient à se faire remarquer dans de petits spectacles off-Broadway. Parallèlement à sa formation intellectuelle et théâtrale, Wesley s’initie au Kung fu, au Taekwondo, et au plus célèbre des styles de combat d’origine africaine, la Capoeira. C’est sans doute cette combinaison de talents, plus sa silhouette athlétique d’un mètre quatre-vingt-dix qui le font remarquer en 1987 par Martin Scorcese pour jouer le rôle du lascar Mini Max dans la version longue du clip Bad réalisé pour Michael Jackson. Intégré en 1989 parmi les membres de l’équipe de base-ball de la comédie à succès Les Indians, Wesley est désormais identifié par le public aussi bien que par les membres de la profession. On va désormais faire appel à lui pour jouer à égalité avec des pointures telles que Sean Connery, Sylvester Stallone et Robert de Niro. Côté partenaires féminines, il est tout aussi agréablement servi avec Annabella Sciora, Lolita Davidovitch, Natassia Kinski ou Irène Jacob. Et rayon metteur en scène, il a droit aux meilleurs : Abel Ferrara, Tony Scott et plus encore Spike Lee qui l’engage à deux reprises. Au départ, Wesley est catalogué dans un double registre : sportif ou truand. Mais c’est Spike Lee qui lui ouvre son champ des possibles avec le remarquable Jungle Fever. Wesley incarne Flipper Purify, un architecte qui trompe sa femme avec sa secrétaire blanche. Wesley arbore sur le tournage un T-shirt portant le sous-titre du film « Who’s afraid of the Big Black Dick », au grand dam d’Annabella Sciora, qui incarne la secrétaire. Wesley raconte : « Elle ne voulait pas admettre que certaines femmes blanches sont attirées par les Noirs uniquement parce qu’elles pensent qu’ils sont mieux munis que les Blancs. Je devais lui répéter sans arrêt : Réveille-toi Blanche Neige ».

Suspense à 10 000 mètres d’altitude

Jungle Fever sera un succès public et critique, sanctionné par une couverture du magazine Newsweek où Wesley pose en compagnie d’Annabella. L’image de sex symbol de Wesley est maintenant reconnue par l’Amérique entière. Il gagne désormais quatre millions de dollars par film. C’est en 1992 qu’il étale au grand jour ses talents martiaux dans Passager 57, un excellent thriller aérien dans la veine des Die Hard. John Cutter, un ex-flic sur la touche, se retrouve à bord du même avion qu’emprunte un dangereux terroriste international. L’avion est naturellement détourné avec 200 passagers à bord. À 10 000 mètres d’altitude, Cutter va devoir éliminer les terroristes sans mettre en danger la vie des passagers. « J’ai commencé par refuser de tourner ce film. Quand le producteur Lee Rich m’a envoyé le scénario, j’ai pensé qu’on avait besoin de moi pour le rôle du terroriste. Depuis New Jack City, on n’arrête pas de me proposer des rôles d’enflure. J’ai tout de suite répondu non. Lee Rich m’a dit que j’avais mal compris, qu’on me proposait d’interpréter le héros John Cutter. L’idée m’a évidemment plu et j’ai été encore plus emballé quand on s’est mis à réécrire les dialogues pour que Cutter parle comme un vrai Black ! » Dôté d’un scénario plus travaillé que la moyenne du genre, Snipes parvient à imposer un nouveau modèle d’action hero, mêlant l’efficacité brutale de Steven Seagal à la responsabilité citoyenne de Chuck Norris avant qu’il ne vire dans l’idéologie agressive de George W. Bush. Passager 57 sera un succès, permettant à Snipes de revenir régulièrement au cinéma d’action, sans renier pour autant le travail qu’il fournit dans des films intimistes tels que Pour une Nuit, dans lequel il incarne un brave père de famille qui se retrouve, à la suite d’une incartade sexuelle, contaminé par le virus du Sida.

Black Vampire

À un moment où le public américain commence à être saturé de films d’action crétins type Double Dragon, Spawn ou Mortal Kombat 2, Welsley Snipes, devenu producteur, cherche un nouveau personnage à sa mesure, et si possible, moins stupide que la moyenne. Il trouve chaussure à son pied avec Blade, un comic book de l’écurie Marvel (Spiderman) créé par Marv Wolfman. Cette saga nocturne et urbaine se concentre sur les exploits d’un super-héros black moitié humain, moitié vampire. Les premières images, époustouflantes, du film de Stephen Norrington expliquent l’origine de la double nature de ce héros-vampire. Une jeune femme enceinte arrive à la maternité, une horrible morsure à la gorge. Elle meurt juste après avoir donné naissance à un petit garçon. Orphelin, l’enfant grandira dans la rue. À l’âge de treize ans, il découvrira ses instincts et sa force de vampire. Recueilli par Abraham Whistler (Kris Kristofferson) dont la famille a été exterminée par les vampires, il va devenir Blade, l’invincible, luttant contre ses instincts de prédateur pour rester du côté des forces du bien. Dans son combat contre le redoutable Deacon Frost, Blade découvre l’amour en la personne d’une charmante hématologue, et retrouve la trace de sa mère, passée dans le camp des forces du mal. La mise en scène élégante de Norrington ne se laisse jamais dominer par les effets spéciaux, mais s’abandonne cependant au pêché mignon du montage hystérique. Le scénario de David Goyer, déjà signataire du très beau Dark City d’Alex Proyas. La densité que Goyer donne au personnage de Blade évoque plus la personnalité du Batman Returns de Tim Burton que celle des gros bras décérébrés des films cités plus haut. Ce qui ne veut pas dire que Blade se montre avare en scènes d’action. Celles-ci sont simplement intégrées dans une histoire qui s’élève largement au dessus du niveau de simple prétexte requis par les adaptations standard de comic book et de videogame. « J’ai voulu donner à l’action une forme de chaos contrôlé, lui donner un côté chic », précise Wesley Snipes. Pari tenu. Sa maîtrise des arts martiaux, soutenue par un talent d’acteur et de chorégraphe qui ne se limite pas à ses seules capacités athlétiques, confère aux combats de Blade une crédibilité et une force assez rare dans le cinéma d’arts martiaux américain.

L’Art de la guerre

Avant de revenir au personnage de Blade pour une suite flamboyante signée par Guillermo Del Toro, Wesley à l’occasion de faire à nouveau preuve de ses talents de combattant dans un thriller efficace et brillant signé par le réalisateur canadien Christian Duguay, L’Art de la guerre. L’agent Neil Shaw (Wesley Snipes) travaille au service de sécurité des Nations Unies, en charge des opérations secrètes. Lorsque l’ambassadeur chinois à l’ONU est assassiné en plein discours, Shaw se retrouve suspect numéro un. Traqué par la police, Shaw reçoit l’aide de Juliang Fang (Marie Matiko), une traductrice présente sur les lieux de l’attentat. Peu de temps après, les cadavres de plusieurs réfugiés politiques chinois sont retrouvés dans un container abandonné au large des côtes. Shaw ne tarde pas à comprendre que derrière tous ces évènements se cache Bly (Michael Biehn) son ex-collègue et ami, prétendument porté disparu. Le titre du film fait référence au célèbre manuel de la Chine antique rédigé par Sun Tzu, un ouvrage que Snipes feuilletait dans Passager 57. L’Art de la guerre était un projet conçu pour Jet Li, qui le refusa. Wesley, emballé par le sujet, s’empressa de le récupérer, allant même jusqu’à le coproduire avec sa société Amen Ra. Signalons également que l’acteur a également assuré la coproduction de la trilogie des Blade, ainsi que la chorégraphie des séquences d’arts martiaux des trois aventures du super héros mi-vampire mi-humain. Depuis Blade Trinity, son dernier film sorti en salle en 2004, Wesley Snipes, à l’instar de son confrère Steven Seagal qu’il a rejoint dans l’écurie de Sony Pictures, poursuit sa carrière dans le cinéma d’action Direct To Vidéo. Ayant provisoirement abandonné le cinéma d’auteur, il se présente désormais comme le digne héritier des héros de la Blaxploitation des années 1970.

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Homme de grande culture, Wesley Snipes est capable de vous parler pendant des heures de ciné Kung fu, de comic-books, mais aussi de la culture populaire de la communauté africaine américaine. Lorsque je le rencontrais en 2002 pour le sortie de Blade 2 il me parla avec enthousiasme de Dr Ben, le documentaire qu’il venait de produire sur la vie et l’œuvre de l’égyptologue éthiopien Josef Ben-Jochannan, dont les travaux vont dans le même sens que ceux de Cheikh Anta Diop ou de Théophile Obenga. On peut d’ailleurs supposer sans faire preuve de paranoïa excessive que les ennuis judiciaires qui, ces dernières années, se sont abattus en cascade sur les épaules de Wesley sont la conséquence directe de son engagement de producteur sur des sujets qui dérangent les milieux conservateurs : ennuis avec l’IRS (le fisc américain), accusation en paternité, rumeurs de violence sur Halle Berry, affaire du vrai-faux passeport sud-africain. Signalons que son procès en paternité orchestré par un couple de procureurs d’une petite ville de l’Indiana s’est soldé par la défaite de l’accusation. Wesley Snipes, un acteur complet, charismatique et athlétique, mais également conscient des enjeux historiques et culturels de notre temps. Christophe Champclaux

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WESLEY SNIPES - PRINCIPAUX FILMS

- 1987 Bad (idem) réal. Martin Scorcese.
- 1989 Les Indians (Major League) réal. David Ward.
- 1990 Mo’ Better Blues (idem) réal. Spike Lee.
- 1990 King of New York (idem) réal. Abel Ferrara.
- 1991 New Jack City (idem) réal. Mario Van Peebles.
- 1991 Jungle Fever (idem) réal. Spike Lee.
- 1992 Passager 57 (Passenger 57) réal. Kevin Hooks.
- 1993 Soleil Levant (Rising Sun) réal. Philip Kaufman.
- 1993 Demolition Man (idem) réal. Marco Brambilla.
- 1994 Drop Zone (idem) réal. John Badham.
- 1996 The Fan (idem) réal. Tony Scott.
- 1996 Pour une Nuit (One Night Stand) réal. Mike Figgis.
- 1997 U.S. Marshals (idem) réal. Stuart Baird.
- 1998 Blade (idem) réal. Stephen Norrington.
- 2000 L’Art de la guerre (The Art of War) réal. Christian Duguay.
- 2002 Blade 2 réal. Guillermo Del Toro.
- 2002 Unstopable réal. David Carson.
- 2004 Blade Trinity (idem) réal. David S. Goyer.

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Source : Tigres et Dragons, les arts martiaux au cinéma, de Hong Kong à Hollywood - Christophe Champclaux, Guy Trédaniel éditeur (2002)


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